Una Semana Solos, de Celina Murga

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Ce film rappelle évidemment Nobody knows. Une bande de petits fils à Papa errent pour tromper l’ennui dans l’enceinte ultra-protégée de leur compound, en quête de bêtises.

Contrairement au film de kore Hida Hirokazu, on sent rapidement le regard critique et presque accusateur de la réalisatrice peser sur les jeunes pouces. Certes il est tempéré de temps à autre par un peu d’empathie, mais au final le tableau est sans appel. C’est sans doute pour cette raison que le film désempare : il relate en douceur la chronique d’un monde strictement hiérarchisé, dans lequel la violence paraît innée. Cette douceur a un je ne sais quoi de mélancolique, qui rend le film tendre et amer.

Bruno S.

J’ai revu récemment l’Enigme de Kaspar Hauser et La ballade de Bruno. Je ne peux m’empêcher d’être frappé par son regard tantôt stupéfait, tantôt émerveillé. Bruno est dans un état de sidération perpétuelle, ouvert sur le monde, à la merci des autres. Une mauvaise étoile plane au dessus de lui, qui le condamne chaque fois à l’errance et la disparition. Bruno, toujours, est contraint de recommencer. Il est lui-même un recommencement, chaque nouveau jour au monde comme pour la première fois. Il est rare de voir dans un film un protgoniste à ce point passif, dénué de jugement, et incapable d’actes. Son absence, sa poésie condamnent ce qui l’entoure, qui en retour l’ignore et le détruit.

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Un conte de Noël

Ce film me rend malade. J’en suis autant surpris que troublé. Je me dis qu’il y a forcément en lui quelque chose de fort, radical, subversif, pour que je réagisse aussi mal. Mais je ne le vois pas, et j’en sors diminué, mal, fatigué.

Un rythme insoutenable, faits de saccades, de coupes sèches, et d’accélérations brusques. Une narration contrariée, et en même temps augmentée par une tonne de tricks un peu maniérés. Une mise en scène poussive, ce qu’on trouvait déjà chez Roi et Reine mais de façon atténuée, tolérable, l’acteur/performeur qui fait son show. Almaric me fatigue, mais il n’y peut rien.

Tout cela me chagrine, je vois toujours ces adresses à la caméra (pas au spectateur), ces lettres dites plein cadre, tout cela dans “Comment je me suis disputé…” me touchait sincèrement. J’y décèle la boursouflure d’un film comme “Les deux Anglaises et le continent”, et cela m’attriste. Quelque chose s’est perdu, avec l’âge. Quelque chose s’est corrompu.

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Paysage à bascule - retour sur Les trois singes

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© Frederic delangle

Cette image m’évoque trés directement certains plans de 3 singes, ce film sur lequel je ne cesserai de revenir je pense, durant les prochains mois.

Prise entre la ville et l’eau, au bord de la voie ferrée, la barre d’immeuble choisie par Ceylan est symptomatique de l’état dans lequel constamment on retrouve les personnages. Un état précaire, caractérisé par la possibilité de changer brutalement. Au bord du gouffre, prêts à devenir quelqu’un autre, les personnages - pourtant - restent droits. Dans le même temps, le paysage imprime un vertige qui frappe l’oeil et l’aspire en quelque sorte. Il est à lui seul ce qui fait basculer les vies.

Love you more, de Sam Taylor Wood et Two Birds, de Runar Runarsson

Sans doute l’un des films les plus simples, spontanés et joussifs de la compétition des courts-métrages. On s’attendait à un truc beau et malin, on a une image fraîche et crue, un montage hyper cut, un rythme frénétique.

Le court Islandais Two Birds de Runar Runarsson frappe par sa grande subtilité de son scénario, et l’extrême beauté de ses personnages qui paraissent frappés par une sorte de grâce d’autant plus touchante qu’elle a pour contrepoint des scène d’une violence simple et dure.

On ne parle pas des autres, et surtout pas du Mélanie Laurent, indigne.

Sans doute la palme ira-t-elle à 2 birds, il ne pourrait en être autrement !

Synecdoche, New York, de Charlie Kaufman

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Charlie aime les figures de style, aprés les mises en abîme, il s’essaye donc à la synecdoque. On assiste donc à la mise en place d’une petite matrice, un petit monde selon Garp, mais qui peu a peu s’appauvrit et tourne en rond. C’est drôle, malin, et rempli de tristesse. C’est toujours difficile, pour moi en tout cas, de ne pas totalement aimer un film triste. Des films comme ceux de Tennebaum, au encore comme ceux de Miranda July. Celui-ci évoque la mélancolie douce de Punch Drunk love, la BO est d’ailleurs signée par le même compositeur. Bref, film qui a tout pour lui, dur sur le fond, mais qui passe rapidement sur les choses qui fâchent en les multipliant, pour créer plus de tension et de complexité. L’auteur fait mine d’affronter les vérités, mais il les chasse comme des fantômes, et ne fait que déprécier celà-même qu’il prétend mettre en exergue.

Petite machine qui tourne a blanc et fait son beurre avec la misère d’un homme sans qualité.

Grand film dont on ne prend la mesure qu’à partir du moment où l’histoire s’emballe, à force d’aller toujours plus loin, de trouver dans la dérive son meilleur allié.

Machine qui rend épique la misère occidentale, ses figures et ses motifs, en en faisant des tropes. C’est-à-dire en les tordant dans tous les sens possibles et imaginables. Pour qu’il en sorte une sorte de monstre effroyable et absurde.

Les trois singes, de Nuri Bilge CEYLAN

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Il faut du temps pour digérer un tel film, plus complexe et ambitieux que Les climats. Une chose est sûre, il ne fait d’ores et déjà aucun doute pour moi que ce film aura la palme d’or. Non pas parce qu’il est bien ou mieux que les autres, mais parce qu’il est sans commune mesure avec eux.

Adoration, d’Atom Egoyan

Ce film au début surprend. On ne sait tout-à-fait à quel degré le prendre, on s’accroche pour suivre le fil, histoire de ne pas trop se perdre. Les dialogues défilent, on tient toujours et on commence à comprendre. Puis on se demande si on doit y croire, prendre au sérieux ce qui est dit et montré : les considérations sur la filiation, le discours sur le terrorisme, des images éclatées d’ordinateurs et de portables, etc. Tout est projeté au visage en même temps, sans retenue. Comme si Egoyan avait voulu assommer le spectateur, lui asséner des images, des opinions censées refléter un prétendu état du monde. On le sent complètement dépassé, incapable de manier autant de signes et d’idées d’un coup et finalement pris au piège de son ambition démesurée. Ces dialogues qui se superposent et s’accumulent, ces images constamment soulignées qui se surajoutent les unes aux autres, tout cela donne l’impression qu’Egoyan, pour mieux bluffer son monde, a chargé la mule. En revenant sur les notions d’identités, de chocs de cultures et de terrorisme, il fait mine d’illustrer le grand chaos de l’occident. Mieux, il l’incarne au moyen d’un fils hanté par la figure du père (ange ou démon ?!). Bref, toujours ces questions d’héritage, mais posées sans subtilité aucune, avec des gros plans, des amas d’images qui sont des non-images. Egoyan navigue entre des images sur-signifiées et des images insignifiantes. C’est à cet endroit je pense que le bas blesse le plus. Il veut pointer des symptômes, mais c’est bien son film qui in fine constitue un symptôme de plus.

Blind Loves, de Juraj Lehotsky

Blind loves est un film beau et fragile.
Les personnages aveugles sont filmés avec une grande tendresse, et jamais stigmatisés dans leur handicap. Au contraire, le film est d’une légèreté surprenante, et s’avère souvent drôle, poétique, attachant. Les visages sont filmés dans une lumière qui les rend presque magiques, et loin de les déréaliser les rend trés présents. C’est cette présence je crois qui frappe le plus et qui rend presque accessoire les quelques dialogues du film.

Blind loves me rappelle par moment En avant, jeunesse, même si le cadre est moins franc et plus consensuel, il y a un douceur qui emporte tout sur son passage, juste et directe. Efficace, comme la grâce.

Il devait être à Karlovy Vary. Il passera finalement par Cannes.

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Couvrir Cannes

Chaque année, la même question revient dans les rédactions. Comment couvrir Cannes ? Quelle stratégie adopter ? On se répartit les différentes sections, on se dit qu’il faudrait mettre un peu de glamour, couvrir les plus grandes fêtes sans pour autant sacrifier aux paillettes et privilégier les rencontres. Bref, on voit large, pour offrir au public une expérience intégrale d’un festival qu’il ne fera jamais qu’entrevoir de manière impressionniste.

On a en somme d’un côté les professionnels contraints de faire sans cesse plus de bruit pour se faire remarquer, et de l’autre une presse qui s’en fait l’écho, parce qu’elle y a tout intérêt et cherche à produire un maximum d’histoires. D’où une surenchère dans l’information, et un mélange des genres incertain.

Au-delà de cette course au bruit, dur de faire la part des choses, de privilégier les rencontres, les expériences, de partager ce qui fait Cannes. Certains proposent comme parade le retour au documentaire, à des portraits décalés de français moyens. D’autres donnent à voir un Cannes undercover, mais ne s’y risquent pas trop, craignant les effets de bords. C’est que Cannes est tout petit.

D’où l’envie d’aller voir ailleurs, et d’envisager Cannes pour un fois sur le mode du monologue, non pas en allant chercher les informations ailleurs, mais en assumant les pensées du jour, et en livrant son sentiment sur tout ce qui fait Cannes. A partir du 15 donc, je m’exprimerai en marge du blog un peu tous les jours, vraisemblablement par le biais de twitter. Le monologue est le meilleur rempart au bruit, il permet une parole plus intime et plus rare, qui rend le bruit cannois presque intelligible.

Mon ordinateur m’ayant abonné quelques jours aprés le début du festival, il ne m’a pas été possible de faire cette petite expérience. Néanmoins, la direction est esquissée. A suivre donc.